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LIVRE DE LA NATION

Livre de Raymanli

Quand nous, Femmes d’Iduna, foulâmes de nos pieds la Terre Promise aux Femmes pour la première fois, les Déesses marchaient encore avec nous. Nous nous regroupâmes devant Elles et les Déesses se tenaient devant nous, Femmes d’Iduna.

ERZULIE s’avança vers la Nation et nous dit :

 

“Dorénavant vous porterez toute l’Ak’dun.”

Alors les chaînes de l’ancien monde devinrent des cordes et nous les portâmes à la taille pour glorifier notre liberté.

Puis BARS s’approcha de la Nation et nous dit :

“Il y en a certaines qui pour sûr ont été Martyrisées.”

Alors celles qui étaient mortes en tentant de rejoindre la Terre Promise eurent les yeux dorés et elles se séparèrent de nous. Elles étaient un peu moins de la moitié de toute la Nation. Elles se rapprochèrent de BARS.

“Oui pour sûr, je vous prendrai avec moi et vous vous élèverez avec moi jusqu’au Cha’aloun où vous vivrez avec moi et ma Maisonnée et deviendrez les soldates de mon armée. Celles qui redescendront le jour du Combat Final.”

Alors sur ces mêmes femmes aux yeux dorés, apparut une aura dorée derrière leur tête et nous sûmes que dorénavant elles étaient des Éternelles, du nom de Samir. Et nous eûmes le plus grand des respects pour elles.

Puis, notre plus jeune Déesse, TEANI, s'avança vers la Nation, et appela trois Femmes. Une du nom de Edun’solar, une du nom de Jabbale et ensuite le mien, Raymanli.

Mais ce n’étaient pas nos noms. Nous nous appelions autrement avant. Ces noms-là étaient nouveaux pour nous, mais pourtant nous sûmes que c’était nous que la Déesse appelait. Alors nous nous sommes détachées de la Nation pour nous avancer jusqu’à elle et nous posâmes le genou à terre devant notre Déesse.

TEANI dit :

“Tout comme moi, mes Mères et ma Créatrice, nous sommes appelées à des missions, alors vous trois êtes appelées à des missions. Celle d’entendre, celle d’écrire et celle d’expliquer à vos étudiantes, vos Sœurs, notre Parole.”

Et nous nous regardâmes toutes les trois et nous sûmes que dorénavant nous avions été ordonnées.

TEANI sortit de derrière Elle trois lanières de cuir qu’Elle mit sur nos têtes.

“Ainsi, je vous nomme Matriarches Primordiales. Par vous les règles, les lois, seront établies. Vous serez les premières à porter ces Ak’tran sur la tête, car vous serez les premières à écouter notre parole, qu’ensuite vous partagerez au reste de la Nation des Femmes, et ainsi devront-elles à leur tour porter l’Ak’tran.”

Nous souriâmes toutes les trois à notre Divine Déesse TEANI.

 

La nuit tomba sur la Nation, alors EVIA s’approcha de nous et nous ordonna de prendre les feuilles des grands arbres qu’Iduna avait fait pousser pour notre venue. Alors les Femmes allèrent détacher les palmes des arbres et EVIA nous montra comment planter au sol leur tige et serrer en hauteur les feuillages pour nous en faire des abris.

Ainsi la Nation des Femmes d’Iduna dormit sur la Terre Promise pour la première fois et aucune n’eut froid. Nous dormîmes devant les Déesses qui étaient assises non loin de nous et qui veillaient sur nous.

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Or pendant la nuit, une migraine violente me prit. Une envie de me lever se fit sentir alors je sortis de mon abri. Mais quand je sortis, je vis que parmi toutes les Femmes endormies dans leurs abris, Edun’solar et Jabbale étaient debout et me regardaient. Nous nous regardions car nous savions que nous avions reçu la même envie de sortir et de marcher vers une colline non loin de là.

Alors nous marchâmes ensemble jusqu'à atteindre la hauteur de la colline. Arrivées en haut, devant nous se tenait le Quatuor Divin. ERZULIE, EVIA, BARS et TEANI étaient devant nous. Erzulie était de dos.

Prise d’amour pour Elles, je me posai à terre et posai mon front sur le sol. Edun’solar et Jabbale firent de même. Les Déesses étaient assises sur des rondins de bois et je pouvais sentir leurs regards sur moi.

“Relevez la tête, Femmes, et regardez-moi.”

 

J’entendis la voix d’EVIA, alors je relevai la tête, mais je me rendis compte que j’étais devant ses pieds et je me sentis trop proche d’Elle, alors je reculai mon corps sur la terre et je baissai mon regard sur le sol.

Mais EVIA me parla :

“Raymanli ? Pourquoi ne me regardes-tu pas ? Ne t’ai-je pas dit de le faire ?”

Mon cœur se mit à battre fort dans ma poitrine. Et sa voix me faisait trembler, si bien que je me mis à pleurer devant Elle. Je n’avais pas peur pourtant, je me sentais extrêmement bien près d’Elle. Car Elle était ma Déesse et moi sa Femme.

“Raymanli ?”

“Pardon…”

“Pourquoi pleures-tu ? T’ai-je rendu triste ?”

“Non ! Du tout…”

C’était sa voix qui était si magnifique qu'elle m’arrachait les larmes des yeux.

“Raymanli, la Femme qui pleure quand je lui parle.”

Je relevai la tête et je croisai le regard de ma Déesse et Elle me souriait.

“Je compte te parler très souvent. Vas-tu pleurer à chaque fois ?”

“Non…”

“Bien sûr que si. Tu pleureras, Edun’solar aura mal à la main tellement elle écrira et Jabbale mal à la voix tellement elle parlera. Car vous allez devoir nous écouter tout le temps et travailler pour nous. Et toi Raymanli, tes larmes seront de couleur argentée, car elles seront empreintes de notre parole.”

EVIA essuya mes larmes sur ma joue et sa peau était brûlante. Elle me montra sur sa propre main mes larmes et elles scintillaient dans la nuit. Et je fus étonnée.

EVIA nous pointa de son doigt nos Sœurs endormies dans la plaine. Elle dit :

“Que voyez-vous ?”

Jabbale répondit : “La Nation du Peuple des Femmes d’Iduna.”

Et TEANI dit : “Qu’est-ce qu’un Peuple sans sa Langue ?”

Alors, Jabbale, Edun’solar et moi-même fûmes prises d’étonnement. Je vis Jabbale mettre sa main sur sa bouche et nous nous aperçûmes que nous parlions une nouvelle langue depuis que nous étions arrivées en Terre Promise.

Jabbale dit : “Mais comment cela se fait-il que nous parlions correctement une langue que nous ne connaissons pas ?”

TEANI eut un sourire et sortit de derrière Elle une tablette de terre humide qu’Elle donna à Edun’solar.

“Vous allez apprendre à la connaître.”

Mais Jabbale parla : “Déesse, avant, je n’ai pas appris à lire ni à écrire.”

Nous vîmes, moi et Edun’solar, la honte dans les yeux de Jabbale. Et nous baissâmes aussi la tête, car toutes les deux aussi nous étions illettrées, avant.

Et nous entendîmes la voix d’ERZULIE qui s’était tournée vers nous.

“Avant, les outils étaient gardés par les fils d’Ikim, mais à Iduna toute femme apprendra à lire et écrire car vous êtes la Nation des Femmes. Apprenez cette nouvelle langue, comme l’on apprend aux enfants à marcher. Apprenez, et enseignez-le à vos Sœurs. Car oui, bon nombre dans la Nation ne savent ni lire, ni écrire, mais la Nation des Femmes d’Iduna sera une Nation instruite et aucune Femme sur cette Terre Promise ne sera illettrée simplement parce qu’elle serait Femme.”

Les mots de notre Déesse nous motivèrent et nous sentions l’amour qu’Elle avait pour notre Peuple.

Et nous reçûmes de TEANI notre langue, l’Idunat. Elle nous montra comment écrire les lettres de l’alphabet et comment les prononcer et quelle était leur signification. Et avant la fin de la nuit, nous apprîmes à lire et à écrire. Et le lendemain nous enseignâmes l’Idunat à la Nation, et toutes les Femmes d’Iduna sur la Terre Promise aux Femmes surent lire et écrire. Et notre Nation devint instruite.

Dans la matinée, nous, la Nation, voulûmes glorifier notre pays ; alors, avec de la terre, de l’eau et la plus grande palme des arbres, nous créâmes une bannière sur laquelle nous écrivîmes :

“IDUNA” en Idunat.

Et la Nation, toutes les Femmes d’Iduna, firent la fête, s’amusèrent autour de la bannière et nous chantâmes à la gloire des Déesses qui, elles, nous regardaient du haut de la colline.

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Après cette Glorification, dans la journée, je demandai à Edun’solar et Jabbale comment nous pourrions remercier les Déesses. Car je sentais que chanter à leur gloire n’était pas suffisant pour notre Nation. Il manquait quelque chose et je partageais ce manque avec mes consœurs, et elles ressentaient la même chose.

Alors nous nous inquietâmes de cette question.

Nous marchâmes jusqu’à trouver les Déesses qui étaient descendues dans la plaine et je m'adressai au Saint Quatuor Divin en posant ma tête sur la terre.

“Saintes Déesses, comment vous remercier ? Pas seulement pour aujourd'hui, mais pour demain, et après-demain, et pour tous les jours de la semaine, et pour toute semaine de l’année et pour toutes les années qui composent notre existence ?”

Alors EVIA dit :

“Je vous donne à vous trois une Ordonnance : Priez ma maison, notre Saint Quatuor, quatre fois par jour : au début de la matinée, à midi, dans l’après-midi et le soir avant le coucher. Vous accomplirez ainsi votre Inkt YOR. Et nous vous frapperons de toute bonne énergie durant la journée. Et le plus beau, c’est que cette énergie viendra de vous.”

Alors Edun’solar nota cette Ordonnance.

Et je dis : “Comment vous prier ?”

Alors ERZULIE, qui était de dos, se retourna :

“Vous prierez sur le tapis LeRime, et avant chaque prière vous glorifierez Iduna, votre Liberté, et notre Maison de par l'Ak'dun.”

Je dis : “Doit-on vous prier seules ou à plusieurs ? Dans nos abris ou dans un autre endroit ?”

BARS alors s’approcha de nous et son regard rempli de fureur scruta la plaine de bout en bout d’Iduna et Elle dit :

“Vous pouvez prier seules, comme à plusieurs. Mais il y aura bien plusieurs jours dans la semaine où vous irez au Temple. Là où se trouve notre Symbole.”

Mais Jabbale, Edun’solar et moi-même ne comprenions pas ce qu’Elle voulait dire par Symbole.

 

BARS sépara la Nation en quatre, et ordonna à un groupe de creuser les fondations dans la terre, à un autre de couper des arbres, à un autre de préparer les planches à partir de ces mêmes arbres et à un autre groupe de clouer.

Nous abaissâmes nos tuniques sur nos tailles et travaillâmes durement afin de fonder le Temple, guidées par nos Déesses.

Et le Temple d’Iduna fut bâti.

 

Il s'éleva devant nous tel un astre céleste rayonnant de gloire. Et c'est en le voyant que Jabbale tomba sur le sol en se tenant la tête. Edun'solar et moi vînmes jusqu'à elle avec de l'eau. Nous étions inquiètes ! Ce que nous ne savions pas était que, de nous trois, Jabbale avait reçu ce don de double vue. Les yeux fermés, elle nous dit :

"Le Symbole est semblable à une étoile, dont la base est tenue par ERZULIE, les ailes de chaque côté par EVIA et BARS, et deux barres de vérité s'élevant vers la vérité où loge l'enfant prodigue TEANI."

Jabbale dessina sur le sol devant nous, la Nation, le Saint Symbole du Quatuor Divin. Et ce fut le plus beau des Symboles. Sa Beauté n'avait aucune égale.

 

Or près du Temple, il restait étrangement une masse de bois qui n'avait pas été utilisée dans la construction du Temple. Je demandai :

 

“Pour quel endroit est cette masse de bois ? Et pourquoi n'est-elle pas à cet endroit ?”

 

Une femme de la Nation, du nom d’Éppen, me répondit :

 

“Mais cette masse de bois est bien dans les plans de construction du Temple. Mais quand je regarde le plan, il n’y est inscrit nulle part son emplacement.”

 

Alors TEANI apparut de derrière la masse et répondit :

 

“Glorifiez-le ! C’est Le Bois ! Celui qui nous représentera, moi et ma Maisonnée. Jabbale l’a bien vue. Elle a bien vu notre Maisonnée.”

 

Alors nous, la Nation, sculptâmes le Saint Symbole sur Le bois et plaçâmes Le Bois dans le Temple. Et la Nation fut glorifiée de par le Quatuor Divin glorifié.

Le Temple se trouvait au milieu de la Terre Promise. Le Soleil passait parfaitement au-dessus de lui au milieu de la journée. Et nous décidâmes que c’est à l’emplacement de ce Temple que serait bâtie la première ville d’Iduna, celle qui serait notre capitale du nom de : Fizisine.

 

Or la première Femme à prier dans le temple fut une jeune Femme. Elle s'appelait Erine. Et quand elle pria, elle nous expliqua ceci :

Quand nous prions, notre âme sort de notre corps pour aller jusque devant la face de nos Déesses et les aimer. Devant leur face, Elles écoutent notre prière et nos louanges. Mais quand elle a prié, son âme était devant notre Déesse-Mère ERZULIE et Elle lui a dit ceci :

“Je vois ton amour pour moi et ta prière, mais je vois aussi que tu as froid. Car ton âme n’est plus dans son corps mais est venue me voir. Or le premier habit de l'âme est la foi, mais le corps n'a point de premier habit. Maintenant je te donne cela, le Châle Aztélone, et tu le porteras pendant la prière pour ne plus que ton corps ait froid.”

C’est ce que nous relata Erine après sa prière. Et Edun’solar nota cette nouvelle ordonnance. Mais Jabbale se demanda pourquoi Erine avait reçu cette ordonnance et pas nous.

“Est-ce mal ?” demanda Edun’Solar.

“Non, mais je me demande. N’avaient-Elles pas dit que nous sommes les Matriarches Primordiales ? Ce rôle nous revient.”

Jabbale alla demander au Saint Quatuor sur la colline la nuit venant. Et je me sentis mal à l’aise. Je ne pensais pas qu’il fallût questionner le Saint Quatuor Divin sur cela.

Jabbale expliqua son point de vue et je vis les Déesses la regarder plus agréablement que je le pensais. Je crus même apercevoir un sourire sous les traits durs de BARS.

Quand Jabbale eut fini de poser sa question, EVIA leva sa main et la posa sur la tête de Jabbale et la caressa.

“Tu ressembles à une enfant à qui sa sœur a pris son jouet.” Et la Déesse rit.

“C’est simplement que je ne comprends pas, Déesses”, dit Jabbale.

“Je le vois. Je suis ta mère, mais pas seulement, Jabbale ; je suis aussi ta Déesse et tu dois nous faire confiance. Il y a des choses qui doivent être faites pour le bon ordre des choses. Si l’une de vous avait reçu cette ordonnance, alors cela aurait été un autre Ordre et cela n'aurait pas été l’Ordre voulu par notre maîtresse An’touman’iéti.”

“Qui est An’touman’iéti ?” demandai-je.

Alors EVIA, BARS et TEANI nous parlèrent de la Mère de notre Déesse-Mère ERZULIE. La Mère de la Mère. Elles nous parlèrent de la Création du monde, de notre univers. Et de cet Ordre des choses qu’An’touman’iéti décidait. Alors nous comprîmes qu’il était des choses qui ne pouvaient être liées et comprises par nous.

Et nous comprîmes pourquoi Erine avait reçu cette Ordonnance et pas nous. Nous comprîmes que c’était pour nous la donner et que nous la commandions de prendre d'autres Femmes avec elle afin qu’elle puisse tisser du tissu et créer les Châles Aztélone et les tapis LeRime pour la Nation des Femmes. Un savoir qu’Erine tenait de l’ancien monde et que moi, Edun’solar et Jabbale ne savions pas faire.

Alors notre cœur se remplit d’humilité. Et Jabbale passa les quatre jours suivants à prier pour s’excuser auprès du Saint Quatuor Divin. Si bien qu’au quatrième soir de sa prière continue, EVIA cria sur la plaine depuis la colline :

“Jabbale, cesse donc ! J’ai compris !”

Ce qui me fit rire, car je ne la pensais pas capable d’une telle chose, EVIA.

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BARS montra à la Nation comment construire de nouveaux abris en bois et en terre. Grâce à Elle, la Nation des Femmes apprit la construction et, grâce à TEANI, l’architecture. Les deux Déesses, Mère-Fille, nous apprirent à construire des maisons solides et notre plaine se transforma en village, puis en villes.

Près du Temple, nous construisîmes l’Hutoya, la Maison-Mère, notre maison à nous, Matriarches Primordiales.

Chaque femme avait une maison. Et donc les femmes se regroupèrent par affinité, alors nous vîmes apparaître des femmes qui se fréquentaient. Des couples. Alors je me demandai si je ne devais pas prendre femme moi aussi.

La première à prendre femme de nous trois fut Edun’solar. Elle tomba amoureuse d’une femme du nom de Adas’mundis qui, étant plus âgée, devint sa Grande-Sœur. Elle rencontra Adas’mundis en faisant le recensement des maisons de la ville. Edun’solar me dit qu’Adas’mundis était en train d’aider à la construction d’une nouvelle maison et qu’elle aimait sa manière d’ordonner, car elle la voyait diriger d'autres femmes à la construction de tout un quartier.

Edun’solar, alors, se sentit attirée par elle et Adas’mundis le ressentit.

 

Elles s’échangèrent des mots, puis des visites, puis des sorties avant qu’elles ne s’échangent leurs vœux. Et ainsi l’une devint la femme de l’autre.

Jabbale fut la deuxième à prendre femme. Elle s’éprit d’une femme plus jeune qu’elle du nom de Gézzen, qui devint sa petite sœur. Gézzen avait les yeux dorés. Elle était une Éternelle Samir, mais comme les Déesses marchaient encore avec nous, alors les Samir aussi.

 

Jabbale me dit que c’est en passant devant un groupe de Samir assises autour d’une table et en train de rire, qu’elle aperçut les yeux dorés de Gézzen. Et elle demanda sans détour à Gézzen d’être sa femme. Elles s’échangèrent leurs vœux. Et ainsi l’une devint la femme de l’autre.

Mais je fus trop timide pour trouver femme. Oui, il y avait des femmes à mon goût, mais les aborder n’était pas mon fort.

 

Un soir, tandis que les Femmes s'amusaient autour du feu, dans le hall de l’Hutoya, Jabbale vint me voir :

“Ma sœur, je ne comprends pas, comment fais-tu pour rester seule ? N’es-tu pas en âge de prendre une Femme ? Ne sais-tu pas que bon nombre de femmes ici voudraient te fréquenter et avoir des relations avec toi ?”

Je vis à son bras une femme qui n’était pas Gézzen, sa femme, et je fus irritée.

“À quoi cela sert que tu aies une Femme, si tu ne l’honores pas, Jabbale ? Tu l’insultes avec ton comportement.”

“Je l'honore, tous les soirs. Peu importe. Je fréquente les femmes que je veux tant que je reste respectueuse et honnête sur mes fréquentations et qu’elles l'acceptent.”

Je me levai et quitta l’amusement général pour marcher vers l’océan Zin’éiti. C’est là-bas que je trouvai les Déesses BARS et EVIA. Je ne voulus pas les déranger mais elles remarquèrent ma présence.

“Raymanli, viens nous voir”, dit EVIA.

Alors je m’avançai jusqu’à elle et m’abaissai sur le sol et y posai mon front.

“Tu ne t'amuses pas avec tes sœurs ?”

“Je n’ai pas de cœur à m’amuser.”

“Pourquoi donc ?”

“Je m’interroge sur les relations, Déesse. Certaines femmes fréquentent des femmes qui ne sont pas les leurs. Cela risque de créer des problèmes de jalousie. Jabbale fréquente une femme qui n’est pas la sienne. Elle m'a dit qu’elle fréquenterait autant de femmes qu’elle voudrait tant qu’elle le leur dit. Je trouve cela irrespectueux.”

Mon regard se posa sur les deux Déesses qui se tenaient la main et, gênée, je n'osais pas les regarder dans les yeux. Je savais que je m'étais imposée dans un instant intime pour Elles.

BARS me dit : “La femme de Jabbale t'a-t-elle dit que cela lui posait problème, Raymanli ?”

“Non.”

Elle continua : “Si ces femmes aiment ce genre de relation et qu’elles s’entendent ensemble de telle manière, alors où est le mal ? Il n’y a de problème que quand les règles ne sont pas claires. Si tu souhaites ne rester qu’avec une seule femme et que c’est pareil pour ta femme, c’est bien, mais tu ne peux pas en vouloir à certaines d’aimer autrement que toi.”

J’acceptai la voie de ma maîtresse et je repartis dans l’amusement.

 

La Nation eut deux figures : les Grandes-Sœurs et les Petites-Sœurs. Car les Femmes se rendirent compte que le couple devait être un partage de connaissances et d’expérience. Alors les Grandes-Sœurs menèrent le pas dans le couple car elles avaient plus d’expérience de vie et les Petites-Sœurs les suivaient.  et tout ceci dans le respect de chacune.

Les Grandes-Sœurs eurent des Petites-Sœurs, qui, elles, devinrent Grandes-Sœurs à leur tour en prenant une Petite-Sœur. 

Alors les couples furent célébrés et chaque couple passait devant nous, Matriarches Primordiales, dans l’Hutoya. Et nous bénissions ces couples par le Saint Quatuor. Et les couples furent aimés par le Saint Quatuor et la Nation.

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La Nation vivait bien à Fizisine et grandissait. Et toutes les Femmes d’Iduna portaient l’Ak’tran sur la tête car toutes recevaient nos enseignements. L’Ak’tran était confectionné à partir de cuir animal, des bovins.

Les récoltes étaient bonnes car EVIA nous apprit à bien semer les céréales, les fruits et les légumes de la terre Sainte d’Iduna. TEANI, sa fille, nous enseigna comment, grâce à des conduits en bois, conduire l'eau des lacs et rivières jusqu'à nos plantations. Ainsi, Mère-Fille nous apprirent l'agriculture.

Notre Déesse EVIA nous donna comme Ordonnance de bénir notre nourriture d’Iduna avant de la manger, car cette nourriture provenait de notre terre sainte Iduna et nous devions la lui remercier. Alors toute la Nation, toute femme d’Iduna, fit la bénédiction avant de manger.

EVIA fut aussi celle qui apprit aux femmes à confectionner des filets pour la pêche et des lances à plusieurs piques pour attraper les poissons des rivières et de l'océan.

Les Femmes autour de moi arrivaient à attraper du poisson ; seulement, moi, quand je m’essayais à cet exercice, je n’y arrivais pas. Et devant les Femmes et ma Déesse, je me sentis inutile, alors je partis loin. Vers une rivière où il n’y avait personne d’autre que moi.

C’est pendant des tentatives laborieuses de pêche qu’EVIA apparut devant moi. Elle dit :

“Pourquoi es-tu partie ?”

J'aperçus une once de confusion dans son regard, alors ma gorge se noua et je baissai la tête devant ma Déesse.

“Je me suis sentie gênée devant toi”, je lui dis.

“Pourquoi ?”

“Car tu m'apprends la pêche et je n’arrive pas à pêcher.”

EVIA fronça les sourcils.

“Je ne t'apprends pas la pêche, Raymanli.”

Alors à mon tour je me sentis confuse. C’est pourtant ce qu’Elle avait fait avant.

“Tu ne m'apprends pas la pêche ?”

“Non. Je ne l’ai jamais fait. J’apprends aux autres à pêcher, à toi je t'apprends à m’écouter, moi ainsi que ma famille.”

J’acquiescai de la tête et pourtant la honte était toujours là.

“Tu voudrais que je t’apprenne à pêcher, Raymanli ?”

“Oui !”

Alors le sourire d’EVIA m’apparut et elle secoua la tête. Elle s’avança jusqu’à moi et prit avec moi ma lance et, derrière moi, je sentais sa peau brûler la mienne. Nous regardions le poisson à nos pieds et d’un coup nous élançâmes ensemble la lance et le poisson fut tué. Alors je me réjouis en le levant dans les airs, mais quand je me retournai, EVIA me regarda froidement et je ne comprenais pas pourquoi.

Elle parla.

“Raymanli, il n’est pas bon de se réjouir de la mort d’un animal. Si je t’apprends à pêcher c’est pour manger, mais c'est tout de même malheureux.”

Et je compris que j’avais tué un être et que c’était malheureux.

“Je veux que tu dises à Edun’solar cette ordonnance : quand vous tuerez un animal, vous vous excuserez auprès de lui juste après lui avoir enlevé la vie et avant de l’ouvrir.”

“Oui Déesse.”

Et je rentrai à Fizisine aux côtés de ma Déesse EVIA.

 

Sur le chemin, je questionnai EVIA sur notre Déesse-Mère ERZULIE.

“EVIA, j’ai une question.”

“Je t’écoute, Raymanli.”

“Je me questionne sur notre Déesse-Mère ERZULIE. Pourquoi ne nous parle-t-elle pas autant que toi, EVIA, ta femme BARS et votre fille TEANI ? Elle est souvent silencieuse et de dos. Or nous sommes ses filles. Avons-nous agi de manière à la contrarier ?”

Je vis EVIA sourire.

 

“Non, Raymanli, tu te trompes, mon enfant. ERZULIE, notre Mère à toutes, est très fière de nous. Et je le sais de source sûre, car c’est elle qui me l'a dit. Et je te partage même le fait que, dos tourné, si tu pouvais avancer vers elle et voir son visage, tu te rendrais compte qu'elle sourit. Mais tu as dit quelque chose de juste. Erzulie est notre Mère à toutes et nous sommes ses filles. En tant que mère, sa mission est de nous donner toutes les ressources afin de parfaire notre vie. Mais cette ressource nous a déjà été donnée et c’est le saint sol où tu marches, Raymanli. Notre Amante et terre promise Iduna. ERZULIE n'a donc pas besoin de se répéter, mais besoin que nous fassions nos vies sous son regard. En vérité je te le dis, elle nous laisse assez d’espace pour expérimenter notre Nation. Si une chatte ramenait toujours la nourriture à sa fille même passé l’âge de raison, alors à l’âge adulte elle ne saurait pas se nourrir toute seule. Tu comprends ?”

J’acquiesçai de la tête.

“Raymanli, arrivera aussi un moment où notre nourriture ne vous sera pas donnée de notre part ici, mais depuis un autre plan. Arrivera le moment où nous tournerons aussi le dos. Mais ce n’est pas une mauvaise chose. Ce n’est pas ne plus se soucier de vous, bien au contraire. C’est vous donner l’espace suffisant pour parfaire la nation sous notre regard. Ou alors deviendriez-vous cette chatte dont la mère l'a si nourrie qu’elle ne sait pas se nourrir elle-même.

Me comprends-tu, Femme ?”

“Oui, Déesse.”

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BARS nous accompagnait, nous les Femmes d’Iduna, à la chasse. La Déesse nous apprit à confectionner des lances, et des arcs avec des flèches. Et les Femmes Valeureuses de la Nation partaient chasser tôt le matin les bêtes.

Or un jour que Jabbale, Edun’solar, moi-même et d’autres femmes chassions les bêtes, une femme crut apercevoir le gibier et lança sa lance, mais celle-ci se planta dans l’épaule d’Edun’solar et elle tomba sur le sol ! Alors les Femmes criaient et je me précipitai sur Edun, dont le corps était imbibé de sang.

“Edun !!” criai-je.

Edun criait de douleur, je vis la lance dans son épaule gauche et le bout était ressorti par derrière. BARS apparut de derrière un arbre et elle s’agenouilla à côté de moi et Jabbale qui pleurions. BARS nous ordonna de lever le corps d’Edun’solar, que Jabbale casse le pic et que je retire la lance d’un coup du corps de notre bien-aimée. Quand nous fîmes la manœuvre, Edun’solar hurlait tellement qu’elle perdit connaissance.

 

Et nous courûmes toutes vers l’Hutoya en portant Edun’solar sur nous.

En rentrant dans l’Hutoya, Jabbale cria :

“Femmes ! Apportez-nous du linge propre et de l’eau chaude ! S'il y a des jeunes filles ici, qu'elles se couvrent les yeux et sortent d’ici !”

Les adultes allèrent chercher le linge propre et l’eau chaude. Et les jeunes filles se couvrirent les yeux du sang et sortirent de la maison. Alors, avec les Femmes, nous déshabillâmes Edun’solar et sa nudité fut montrée à toutes.

Je pris une femme et lui dis :

 

“Va chercher Adas’mundis, la femme d’Edun’solar ! Sa Grande-Sœur ! Dis-lui de se hâter !”

 

Et la femme partit faire ce que je lui avais ordonné de faire.

Pendant que nous la soignions, nous nous rendîmes compte que la lance n’avait pas touché le cœur mais seulement une partie basse de l’épaule, près du début de la poitrine, et nous fûmes rassurées. Comme nous manipulions son corps, Edun se réveilla en pleurant. Je demandai à une femme de chauffer un couteau sur le feu du hall, car le sang s'échappait beaucoup trop de la plaie, et Edun'solar me supplia de ne pas faire ce que j'allais faire. Je demandai alors aux Femmes de la tenir durement pour ne pas qu'elle bougeât trop et je plaquai le fer chaud sur sa plaie. Edun hurla de douleur et perdit connaissance une seconde fois.

Puis nous l’allongeâmes sur son lit après lui avoir mis des bandages et des feuilles. C’est à ce moment que sa femme, Adas’mundis, arriva et pleura près d’elle.

La colère envahit Jabbale et elle retourna dans la grande salle où toutes les femmes s'étaient regroupées. Elle demanda à ce que l’on lui amenât la femme qui avait tiré la lance. Et des Femmes lui apportèrent la femme qui avait lancé la lance.

La femme se mit sur le sol et pleura. Elle dit :

“Maîtresse, je suis désolée ! Je suis désolée ! Je ne l’avais pas vue, il faut me croire ! Pardonnez-moi.”

Mais je vis la fureur dans les yeux de Jabbale et elle demanda à ce qu’on lui apportât une lance ; alors une femme lui donna sa lance. Mais je pris la lance des mains de Jabbale.

“Non ! Il ne faut pas faire ça !”

“Il faut la punir, Raymanli ! Il faut lui faire la même chose, ce n’est que justice !”

Et des Femmes dans l’assemblée étaient d’accord. Alors je m’énervai.

“Non ! Elle dit que c’était un accident ! Vas-tu punir tous les accidents ?”

Alors Jabbale s’approcha de mon oreille et elle me dit :

“Un pas de plus d’Edun et cette femme lui aurait transpercé le cœur !”

“Je sais”, je lui dis. “Mais ce n’est pas une raison pour lui faire pareil car c’était un accident.”

“Il lui faut une punition !” cria Jabbale.

“Ça suffit.”

Nous entendîmes la voix d’Edun’solar derrière nous et Jabbale et moi nous courûmes vers elle pour la prendre dans nos bras.

“Tu ne devrais pas la laisser se lever, Femme”, dis-je à sa femme.

Adas’mundis me dit : “Je sais, mais elle n’a pas voulu m’écouter. Elle vous entendait.”

Edun s’avança jusque devant la femme sur le sol qui pleurait encore et elle dit devant toutes les femmes :

“C’était un accident. Comme je ne peux plus écrire les ordonnances de mes Déesses, j’ordonne à cette femme de devenir mon apprentie et de les écrire à ma place pendant ma guérison.”

Alors, sous les ordres d’Edun’solar, la femme du nom d’Avine devint l’apprentie d’Edun’solar. Et Avine fut la première apprentie de la Terre Promise.

Edun’solar créa ensuite des écoles de chasse afin de mieux former celles qui partaient à la chasse. Elle créa aussi des écoles pour les constructions, des écoles pour l’écriture de livres explicatifs sur plein de domaines. C’est ainsi que, grâce à Edun’solar, les domaines furent encadrés par la formation et des règles, alors les Femmes de la Terre Promise furent plus en sécurité lors de l’exercice de leurs fonctions.

Quand Edun fut enfin remise de ses blessures, Jabbale et moi pensâmes qu’elle renverrait Avine chez elle, mais elle s’éprit d’elle et l’adopta. Avine devint la fille d’Edun’solar.

Quand je questionnai Edun’solar sur ce choix, elle me dit qu’elle avait passé beaucoup de temps avec Avine durant ses derniers mois, qu’elle avait vu Avine la servir avec dévotion et qu’elle avait aimé cela.

Jabbale, en voyant l’adoption d’Edun’solar, demanda au Saint Quatuor sur la colline comment les femmes pouvaient-elles avoir des enfants. Alors EVIA lui répondit :

“Demandez-moi et vous aurez, si tel est l’ordre des choses.”

Alors des Femmes commencèrent à demander à EVIA d’avoir une fille, et EVIA leur donna une fille de par le SOMA qu’elle confectionnait sur la colline et qu’Elle faisait ensuite tomber sur les Femmes qui voulaient enfanter. Alors des enfants, des petites filles, se mirent à grandir et jouer sur la Terre Promise aux Femmes.

 

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La vie se poursuivait et nous continuâmes de recevoir l’enseignement de nos Déesses. Et Fizisine, la capitale de la Terre Promise, déborda de femmes et de leurs enfants qu’EVIA leur donnait avec le soma.

Alors les femmes construisirent d'autres villages près des rivières et lacs, et ces mêmes villages devinrent des villes.

 

Alors moi, Jabbale et Edun’solar nous nous inquiétâmes.

Je dis : “Comment ces autres villes et villages pourraient recevoir notre enseignement aussi loin ?”

Alors nous primes des femmes valeureuses et nous créâmes un conclave pour qu'elles deviennent nos apprenties, et nous les nommâmes toutes comme nous, Matriarches, mais elles n'étaient pas Primordiales comme nous. Et grâce à nos enseignements, nous les plaçâmes dans chaque ville pour les superviser. Ainsi la Terre Promise compta des villes gérées par des matriarches, et ces mêmes matriarches prirent d’autres élèves pour les placer dans les villages. Ainsi toute la Terre Promise continua de recevoir notre enseignement.

Or c’est en visitant l’une de ces villes du nom de Mlao, gérée par la matriarche Anthon, que je tombai amoureuse.

 

Oui, je tombai amoureuse.

Je me rendis dans cette ville pour y voir comment mon élève, Anthon, la supervisait et je fus satisfaite de son travail. Puis le soir venu, Anthon fit venir des amies à elle pour un festin dans l’Hutoya et, lors de ce festin, des femmes servaient la nourriture sur les tables. Et c’est ainsi que j’aperçus une femme servant la bière aux autres femmes et je me sentis attirée par elle. Je demandai à Anthon qui était donc cette femme et elle me dit qu’elle s’appelait Alpatre et qu’elle faisait des études dans l’une des écoles fondées par Edun’solar, une école d’écriture de chant et de poésie.

Anthon me dit dans l’oreille que beaucoup de femmes trouvaient Alpatre attirante et que beaucoup lui avaient déjà donné leurs vœux, mais qu’Alpatre les avait tous refusés. Je demandai pourquoi Alpâtre les avait refusés ; c’est alors qu’Anthon me dit :

“Elle dit à tout le monde qu’elle se préserve pour sa future femme et qu’elle n’aurait de relation qu’avec elle.”

Les femmes trouvaient cela étonnant, mais pas moi. C’est ce que je recherchais.

Alors, quand le festin fut fini, je m’avançai vers Alpâtre dehors. Quand je me présentai et qu’elle sut que j'étais l’une des trois Matriarches Primordiales, elle s'agenouilla devant moi et je lui dis :

“Bon nombre de femmes t’ont donné leurs vœux et tu les as tous refusés en disant que tu n’aurais de relation qu’avec ta femme. Et j'aime ça. J’aimerais te prendre comme femme.”

Mais Alpatre me regarda dans les yeux et me répondit :

“Oui, je n’aurai de relation qu’avec ma femme, mais je veux qu’elle aussi n’ait eu aucune relation avant moi. Cela ne peut aller que dans un seul sens. Est-ce le cas pour vous ?”

“Oui, c’est le cas. Je n’ai jamais eu de rapport avec d’autres femmes.”

Alors, mon cœur battant fort, je lui donnai mes vœux qu’elle accepta. Ainsi elle devint ma femme et moi la sienne, et je l’emmenai avec moi à Fizisine, la capitale. Notre union fut célébrée par les femmes et mes consœurs, Edun’solar et Jabbale. Et le soir de notre union, dans notre chambre, nous nous découvrîmes et partageâmes le même plaisir sous l'égide des Déesses. Étant plus âgée qu'elle, je devins sa grande sœur. Et je fus comblée.

Deux ans plus tard, nous demandâmes à EVIA une fille qu’elle nous donna ; Alpâtre enfanta et nous l’appelâmes Py’rémie.

Jabbale et la Samir Gézzen demandèrent aussi, au même moment que nous, une fille qu’EVIA leur donna ; Jabbale enfanta et elles l’appelèrent Théadam.

Théadam et Py’rémie eurent le même âge et grandirent menées par Avine, et elles devinrent toutes les trois inséparables.

 

Et notre famille Primordiale s’agrandit dans l’Hutoya.

Et nous continuâmes de recevoir l’enseignement des Déesses et leur ordonnance. Et la vie était bonne sur la terre de notre amante Iduna.

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Or quand les Déesses sentirent que la Nation fut prête, elles ouvrirent le ciel au-dessus de la colline et rappelèrent les Samir à Elles. Alors les Samir qui n’avaient pas pris femme partirent rejoindre BARS en haut de la colline ; celles qui avaient pris femme furent permises de rester jusqu’à la mort de leur femme. Et étant éternelles, elles repartiraient avec BARS ensuite.

Jabbale, Edun’solar et moi fûmes attristées de voir le ciel s’ouvrir et nous courûmes jusque devant la face de nos Déesses. En pleurs, je me mis devant EVIA.

“Pourquoi partir maintenant, Déesses ?”

Mais EVIA me souriait et me dit : “Car nous n’avons pas plus de raison de rester dorénavant que tout est en place. Comme je te l'avais dit.”

Mais je lui pris la main brûlante et je pleurai des larmes argentées. Je lui dis :

“Mais il reste beaucoup de choses à faire et à savoir, des choses que nous ne savons pas encore.”

“Oui c’est vrai, mais vous n’aurez pas besoin de nous pour les savoir et les comprendre. Et je ne suis pas loin, Raymanli, je suis juste à un étage au-dessus de toi. Je serai au Cha’aloun et je te parlerai toujours, à toi et tes sœurs.”

Et mes pleurs, l’argenté de mes pleurs couvrit toutes mes joues et EVIA essuya mes pleurs.

“Raymanli, la femme qui pleure quand je lui parle.”

J’aimais quand elle m’appelait comme cela.

“Vous quatre accomplissez de grandes choses.”

Mais je ne compris pas ce qu’elle voulut dire, alors je dis :

“Nous quatre ? Mais nous ne sommes que trois Matriarches.”

Alors EVIA eut un visage sérieux, elle me dit :

“L’Une ne se trouve pas avec vous. L’Une se trouve sur la terre d’Ikim. L’Une sera envoyée bien plus tard et aura accès à votre mémoire.”

Je ne comprenais pas ce qu’elle disait. Mais quand je voulus en savoir plus sur “L’Une”, EVIA m’interdit de poser plus de questions pour préserver le bon ordre des choses.

 

Elle dit : “Ceci est une autre histoire.”

C’est ainsi que le Saint Quatuor Divin fit monter la colline au troisième niveau du monde et le nomma Cha’aloun, l’habitat sacré des Déesses, afin que nous, Femmes d’Iduna, puissions continuer notre société sous leur égide.

Ainsi prit fin le temps où les Déesses marchaient parmi nous. Et commença le temps où nous marchâmes sous leur regard.

 

Sous leur Égide.

C’est ainsi que vint le temps de leur Égide.

Le Temps de l’Égide.

Al'ayr Roy'lan.

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